Soulignant la situation de certaines catégories d’enfants, parmi lesquelles les enfants en situation de handicap, les enfants vivant en habitat précaire, les enfants Roms et les enfants migrants non accompagnés, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies exhortait la France, en février 2016, à « garantir à tous les enfants le droit à l’éducation sans discrimination »
Cette invisibilité est partie intégrante du problème : elle constitue le premier frein au repérage de ces jeunes et à leur accompagnement vers l’école et les dispositifs existants.
Plusieurs catégories d'enfants invisibles
Parmi eux se trouvent de nombreux enfants en situation d’extrême précarité. On estime que 8 000 enfants vivent en bidonvilles, forme extrême du mal-logement, en France métropolitaine. Ces enfants sont, pour beaucoup, identifiés comme Roms. Une écrasante majorité d’entre eux ne va pas à l’école de manière régulière, et 30% des enfants en âge d’être scolarisés ne l’ont jamais été, ni en France, ni ailleurs
En outre-mer, deux territoires inquiètent particulièrement par l’ampleur du phénomène qui les traverse. En Guyane, des estimations évoquent 10 000 enfants et jeunes éloignés de l’école, un taux de non-scolarisation sans commune mesure avec celui de métropole. Les acteurs associatifs de terrain soulignent par ailleurs de longue date la non-scolarisation des enfants primo-arrivants et des enfants des peuples autochtones et des forêts
Par ailleurs, de nombreux jeunes isolés étrangers rencontrent aussi des freins à l’accès à la scolarisation ou à la formation professionnelle, en fonction de leur âge, de leur situation administrative et des pratiques des conseils départementaux.
Des barrières plurielles à l'accès à l'école
Les barrières à l’entrée à l’école et à l’accès à une éducation de qualité sont multiples, et cette pluralité de facteurs nécessite une approche globale dans la démarche d’une plus grande effectivité du droit à l’éducation de ces enfants.
Ainsi, pour les enfants vivant en habitat précaire, bien que le code de l’éducation précise que « le statut ou le mode d’habitat des familles installées sur le territoire de la commune ne peut être une cause de refus d’inscription d’un enfant soumis à l’obligation scolaire »
Les expulsions de lieux de vie, les conditions d’extrême pauvreté des familles (dont les difficultés d’accès aux fluides, aux sanitaires ou aux vêtements) sont autant de facteurs déterminant la scolarisation ou sa poursuite. Les coûts engendrés par l’école (cantine, fournitures scolaires, transport…) sont des freins matériels qui viennent s’y ajouter.
Enfin, l’accueil parfois inadapté de l’institution scolaire, du fait du manque de souplesse des dispositifs, des réticences et des préjugés, est à surmonter.
En Guyane, sous l’effet de la croissance démographique, l’école n’arrive pas à accueillir tous les enfants d’âge scolaire dans de bonnes conditions : il n’y a pas assez d’établissements scolaires pour le nombre d’élèves. Cette tension crée de profondes inégalités d’accès aux droits. Entre 2015 et 2030, il est pourtant projeté que les effectifs scolaires augmentent en moyenne de 55%
Enfin, les jeunes isolés étrangers présents sur le territoire français peuvent de leur côté rencontrer un manque de diligence du conseil départemental dans les démarches d’inscription : le manque de stabilité de leur situation administrative peut venir retarder leur accès à l’école ou à la formation. Peuvent s’ajouter des délais d’évaluation et d’affectation très longs par les services compétents de l’Éducation nationale.
Cette multiplicité de facteurs, internes ou externes à l’école, et dont l’exhaustivité n’est pas représentée ici, engage l’ensemble des parties prenantes, au delà de l’Éducation nationale, à mettre en œuvre des réponses globales et adaptées à l’enjeu de faire du droit à l’éducation de ces enfants vulnérables une réalité.
Des propositions pour avancer
Si des initiatives locales existent, qui permettent à l’échelle des territoires d’identifier et de repérer les enfants en besoin d’accompagnement vers l’école
Par ailleurs, la médiation éducative pourrait être promue et développée comme un outil contribuant à réduire certains des freins éloignant les enfants, les jeunes et leurs familles de l’institution scolaire. L’accompagnement dans les démarches administratives, le travail de facilitation avec tous les acteurs concernés, la mise en place d’actions éducatives auprès des enfants et adolescents, un suivi personnalisé... sont autant de missions qui contribuent à rendre possible une scolarité au delà des difficultés existantes.
La pratique professionnelle de la médiation scolaire existe en France, portée par des projets associatifs ou institutionnels – mais les postes sont épars, en nombre insuffisant, et dépendent des volontés locales dans les académies. De telles initiatives sont à encourager.
À titre d’exemple, l’action Passerelles, au sein de l’académie de Lille, s’adresse à des jeunes collégiens en risque de décrochage et s’inscrit dans la problématique de la scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers, ainsi que de la lutte contre le décrochage scolaire, en s’appuyant sur les dispositifs d’intégration UPE2A
Aux difficultés d’accès à l’école, dont la présentation ici est loin d’être exhaustive, s’ajoute le défi de la réussite éducative de ces enfants et jeunes. Gageons que l’extension de l’instruction obligatoire dès l’âge de trois ans à la rentrée prochaine soit pour l’Éducation nationale le prétexte à s’engager pleinement dans le défi d’un droit à l’éducation garanti pour tous.
Ce serait une manière d’honorer la Convention internationale des droits de l’enfant, qui fête ses trente ans cette année, et dont l’article 28 assure le droit à l’éducation, base de l’égalité des chances.
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