En février 2021, Céline Jung Loriente a répondu aux questions de l’Injep dans le cadre des entretiens « 3 questions à… ». Nous reproduisons ici cet entretien, édité en juin 2024 par Céline Jung Loriente, avec leurs aimables autorisations respectives.
Qui sont les jeunes aidants ?
Céline Jung Loriente : On appelle les jeunes aidants ces enfants, adolescents et puis jeunes adultes qui apportent une aide à un proche qui est en situation de handicap ou qui connaît une maladie chronique.
Certaines définitions insistent sur le caractère régulier et significatif de cette aide, dans un calque de la politique concernant les aidants adultes.
Cela nous semble une erreur, car cette définition passe à côté de nombreuses situations et de la particularité de l’aidance des enfants et adolescents.
Depuis quand cette catégorie émerge-t-elle dans l’action publique ?
C’est assez récent : en octobre 2019, le gouvernement a lancé la stratégie « Agir pour les aidants » sur les deux années de 2020 à 2022. Nous sommes donc sur la fin de cette programmation.
C’était la première fois que le discours public officiel mentionnait des jeunes aidants. Dans cette stratégie, il y a une priorité qui concerne les jeunes aidants
Quelles sont les caractéristiques des trajectoires des jeunes aidants ?
Les jeunes aidants sont des jeunes aidantes
Leur rapport à l’aidance est très différent. Certaines ont aidé un frère ou une sœur en situation de handicap physique, par exemple de naissance. D’autres ont aidé un parent souffrant d’une longue maladie aboutissant à une fin de vie. D’autres encore vivent avec un proche concerné par un trouble psychiatrique.
Ces multiples situations, par-delà leur singularité, montrent les répercussions de l’aidance assumée par des jeunes en développement.
Que partagent les jeunes aidantes interrogées dans l’enquête TrajAid ?
Quel que soit leur parcours, les retombées sur leur santé et leur équilibre sont importantes et vont surtout les rattraper lors du passage à l’âge adulte, au moment de la prise d’indépendance, qui s’acquiert aussi plus difficilement.
Mais il y a chez toutes ces jeunes femmes rencontrées une manière d’être concernée par la question de la prise en charge du handicap, de la maladie et par la question des droits qui est vraiment flagrante. Cela traverse toutes les personnes interrogées, quel que soit leur milieu social
Le choc avec l’action publique vécue dans leur famille crée chez la plupart de ces jeunes aidantes une posture critique, une conscience politique.
Elle va colorer leur trajectoire et leurs aspirations professionnelles qui sont fortement marquées par la recherche d’utilité sociale.
Elles ont toutes en tête, quand elles répondent à notre appel à volontaires, de vouloir faire avancer les choses et rattraper les manques de solidarité subis avec leur famille. Elles montrent d’ailleurs autant d’empathie pour leur proche en perte d’autonomie que pour, le cas échéant, l’aidant principal. Il s’agit le plus souvent de leurs mères, qu’elles ont vu s’épuiser et contraintes à de nombreux renoncements.
Quelles questions la jeune aidance pose-t-elle à l’action publique ?
Les jeunes aidantes que nous avons rencontrées passent complètement sous les radars de tous les métiers éducatifs ou socio-éducatifs et sont globalement invisibles dans les milieux de soins. Elles sont dans les maisons, dans les salles d’attente, dans les couloirs de l’hôpital, sans qu’on leur prête la moindre attention.
Dans d’autres cas, au contraire, les situations « glissent » : les professionnels viennent s’appuyer sur ces jeunes, sans se poser du tout la question de ce qui est en train de se jouer là, c’est-à dire qu’un adulte professionnel du care se repose sur un jeune enfant.
Derrière cette (fausse) évidence que les proches s’entraident, on ne vient pas interroger les cas où ces proches sont des enfants.
L’action publique se pose les questions suivantes : que vivent ces jeunes aidants et que pouvons-nous faire pour que ce soit moins lourd à porter ?
Il y a là un impensé : ce n’est quand même pas tout à fait logique qu’ils portent ce type de fardeau, parfois très jeunes
Et construire des réponses sans comprendre le problème tel qu’il est vécu, donc sans consulter les jeunes, sans s’intéresser à leurs droits et besoins fondamentaux, comporte le risque de les assigner encore plus à ce rôle d’aidant au lieu d’interroger la prise en charge collective des personnes concernées par des pathologies ou handicaps.