Simon Cottin-Marx ne s’en cache pas, il a été l’un des nombreux salariés, ou plutôt sous-salariés (en tant que service civique), du monde associatif qui a déchanté. Dans son avant-propos, il revient sur sa surprise face au décalage entre le projet associatif et la réalité de ses conditions de travail.
Plus rare, il a également été membre de collectifs employeurs, sans pour autant réussir à assurer des conditions de travail plus agréables pour ses salariés.
Qu’un salarié devienne patron n’en fait pas pour autant un bon employeur.
Outre le mérite de positionner le discours de l’auteur, cet avant-propos est une excellente ouverture sur le vaste sujet du mal-être dans le travail associatif : et si ce n’était pas une question de personnes et de structures ?
Une littérature grandissante
Une littérature se développe sur les mécanismes complexes du salariat associatif, souvent des témoignages comme Te plains pas, c’est pas l’usine de Lily Zalzett et Stella Finh
Le présent ouvrage mobilise ces analyses en les complétant d’entretiens effectués par Simon Cottin-Marx pour ses recherches précédentes, dont sa thèse sur l’État accompagnant les associations employeuses et un ouvrage plus général sur la sociologie du monde associatif
Les spécificités du salariat associatif
Dans une première partie, de loin la plus longue, l’auteur retrace les différentes spécificités du salariat associatif, et plus particulièrement celui des petites associations (moins de 50 salariés). « L’entreprise associative » est prise en étau entre logique économique et logique politique.
Alors que les espérances des salariés associatifs sont élevées, ces associations employeuses deviennent des lieux de conflits du travail.
Non seulement il s’agit de travailler « pour une cause », mais aussi de travailler pour et avec des employeurs bénévoles. Les responsabilités découlant de la fonction employeur sont souvent inattendues pour les dirigeants bénévoles, ce qui peut même entraîner une forme de « déni ».
Simon Cottin-Marx évoque l’un des conflits emblématiques du jeune syndicat SNACLEP
Appuyé par des extraits d’entretiens avec des salariés d’associations, le constat est implacable : l’engagement participe à escamoter les rapports de domination inhérents à la relation salariale.
La posture salariale et syndicale se révèle déstabilisée par le registre de l’engagement, laissant des salariés isolés face à des employeurs qui refusent les responsabilités.
Ce qui est décrit dans cet ouvrage, ce sont non seulement des rapports de pouvoir internes aux associations, mais aussi un secteur mis sous pression, notamment par les pouvoirs publics.
Dans une seconde partie, qui aurait gagné à être autant développée, le sociologue rappelle que la salarisation du monde associatif est liée à une « étatisation de l’intérêt général »
Vers un travail associatif démocratisé
Le dernier chapitre esquisse les changements nécessaires du travail associatif. D'abord, agir collectivement face aux pouvoirs publics « patrons ». Ensuite, en interne, les associations ne peuvent faire l’économie de penser le travail et la démocratie dans leurs structures.
Pour cela, Simon Cottin-Marx présente l’exemple de la Confédération paysanne qui met en commun le dialogue social de petites structures employeuses. Si ce modèle n’a rien d’une panacée, il ouvre des pistes de réflexion pour que le travail associatif ne soit pas seulement libéré, mais aussi démocratisé.