L’éducation est un droit fondamental
Elle est également un droit moral, réaffirmé depuis la fin des objectifs du Millénaire pour le développement comme absolument prioritaire : en 2015, 195 chefs d’État ont ainsi pris l’engagement d’offrir douze années d’éducation gratuite à tous les enfants d’ici 2030 (ODD n°4)
Pourtant, 262 millions d’enfants dans le monde en sont aujourd’hui totalement privés. 46 % d’entre eux n’ont que très peu de chances de recevoir une éducation gratuite d’ici 2030 et 31 % n’en ont strictement aucune
262 millions d'enfants exclus de l'éducation
Plus grave encore, ces statistiques déjà impressionnantes ne reculent plus
Pour quelles raisons ? Qui est responsable ? Comment y remédier et à quelle vitesse ? Car au rythme actuel, l’objectif d’une éducation de qualité pour tous d’ici à 2030 ne sera pas atteint en temps et en heure, a déjà alerté l’Unesco. Et comment pourrait-il en être autrement alors qu’en 2019, soit à peine dix ans avant la date ciblée, plus de la moitié des enfants et adolescents du monde n’apprennent toujours pas ?
Seul(e)s face aux discriminations
Ces jeunes sont pour la plupart issus des communautés les plus vulnérables,exclus de l’éducation, mais aussi de tous les services sociaux de base. Ils sont nés pauvres, filles, handicapés, au sein d’une ethnie ou d’une religion minoritaire, parfois dans des zones de conflits ou de crise.
Derrière ces grandes catégories se cachent de multiples disparités, des histoires singulières d’hommes et de femmes qui subissent chaque jour le poids grandissant des inégalités et des discriminations. Les causes de leur exclusion sont nombreuses et, surtout, elles se cumulent: une fille née dans une famille pauvre, appartenant à une ethnie minoritaire et déplacée en raison de conflits, n’aura pratiquement aucune chance d’aller à l’école. Elle aura, par contre, plus de risques d’être mariée avant ses 18 ans
Des inégalités en hausse, partout
Ces barrières qui s’accumulent rendent l’intégration de ces jeunes
Certaines régions du monde sont plus affectées que d’autres : ainsi, plus de la moitié des 262 millions d’enfants exclus de l’éducation vivent aujourd’hui en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Pour autant, les pays développés sont loin d’être épargnés par ces inégalités d’accès à l’éducation. La France en est, malheureusement, un exemple, puisque plusieurs milliers d’enfants et adolescents
Pourtant, discriminer ainsi ces enfants, leur refuser une chance de construire la vie dont ils rêvent, coûtera cher, tant à ces jeunes individus, privés de toute opportunité, qu’à la société.
Des enfants réfugiés prêts à se suicider faute d'espoir
Les 50 millions d’enfants déplacés dans le monde n’ont aujourd’hui que très rarement l’opportunité d’être scolarisés, faute d’école ou d’enseignant, faute d’argent pour payer les frais de scolarité, faute également de parler la langue de l’état où ils se trouvent. Ces déplacements, qui les forcent à quitter leurs villes natales en raison de conflits, de catastrophes naturelles ou pour des raisons économiques, sont une épreuve, un déracinement et une exposition aux violences de toutes sortes. Au cours des derniers mois, traités et déclarations
Négliger ces jeunes est sans conteste une violation des droits humains, qui favorisera dès demain l’émergence d’incompréhensions, de violences et de conflits. Pour Aide et Action, c’est dans ces situations de crise que l’éducation est déterminante : sur le court terme, elle améliore le développement des enfants durant les périodes où ils sont le plus vulnérables ; sur le long terme, elle bénéficie aux sociétés dans lesquelles des enfants déplacés ont trouvé refuge et contribue à la stabilité sociale et à la paix.
5 dollars par an et par enfant pour un universalisme progressif
Malheureusement, atteindre l’éducation pour tous d’ici 2030 est fort peu probable. L’Unesco estime qu’il manque 39 milliards de dollars par an pour parvenir à atteindre l’ODD n°4. En stagnation pendant près d’une décennie, l’aide au développement allouée à l’éducation a atteint un plus haut historique en 2016, à 13,4 milliards de dollars
Bien sûr, l’aide à l’éducation internationale n’est pas l’unique solution, mais elle reste un levier majeur. Car les états, premiers garants du droit à l’éducation, peinent à changer la donne : ils investissent certes (en moyenne 16,9 % du total des dépenses publiques en Afrique subsaharienne en 2016) mais ils sont confrontés à la faiblesse des PIB, de la base fiscale et de leurs capacités à collecter les impôts en relation avec le nombre important et croissant d’enfants à scolariser. Les familles, déjà exsangues financièrement, n’ont aucune chance d’améliorer seules la situation éducative de leurs enfants.
Pour permettre l’intégration des exclus, l’aide internationale à l’éducation doit donc augmenter, en particulier l’aide au préscolaire, reconnue comme outil clé pour lutter contre les inégalités
D’autres actions doivent être déployées parallèlement pour qu’un maximum de progrès soient réalisés avant 2030, à savoir la collecte de données désagrégées pour mieux connaître ces populations en situation de vulnérabilité et le développement de programmes qui agiront simultanément sur tous les obstacles. Aide et Action en appelle donc à un universalisme progressif afin de prioriser dès maintenant les progrès pour celles et ceux qui sont les plus vulnérables avec des cibles très précises, des interventions précoces et l’allocation de ressources adaptées.
Sans ces moyens, l’éducation de qualité pour tous restera sans surprise une chimère : inégalités et discriminations laisseront sur le bord de la route des générations entières d’enfants vulnérables. Et nous en serons tous responsables.
Crédit photo ©Aide et Action
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