La neige artificielle, un enjeu environnemental
Saviez-vous qu’il faut environ 4000 m3 d’eau à l’hectare pour chaque couche de neige artificielle ? C’est plus que la consommation d’eau de culture du maïs en été
La ressource en eau n’est pas infinie, il est urgent d’interroger la gestion quantitative de l’eau et entre autres la question de la neige artificielle.
Snowfarming
Même les projets prétendument « adaptés » au dérèglement climatique ne sont pas à la hauteur des enjeux.
FNE Auvergne-Rhône-Alpes (FNE AURA) a évalué en décembre 2021 qu’au niveau des Alpes françaises, ce sont entre 20 et 25 millions de m3 d’eau par an qui sont consommés par la neige artificielle
Collecter des données pour pouvoir agir
« Sur ce sujet complexe, nous manquons de données solides. Comment discuter avec les stations de ski, les directions départementales de territoires ou les communautés de communes de montagne quand nous ne partons pas du même constat sur l’utilisation de la ressource en eau dans la création de neige artificielle ? », interroge Corentin Mele, chargé de mission eau et veille à FNE Haute-Savoie.
L’association où il travaille, avec les FNE d’Isère et de Savoie, a choisi de collecter elle-même des données solides. Après avoir rédigé deux livrets sur la gestion quantitative de l’eau, autour de l’agriculture
La collecte de données n’a pas été simple : la fédération a épluché les données publiques récentes et interrogé différents chercheurs, dont l’hydrologue Élodie Magnier. De plus, l’équipe menée par Mélanie Dajoux, coordinatrice des projets eau et biodiversité de FNE AURA, a organisé une visioconférence avec divers acteurs locaux comme la Compagnie des Alpes, la Société des Trois Vallées, ou la Commission internationale pour la protection des Alpes (CIPRA). De tels moments d’échanges permettent d’établir un constat partagé.
L’étape d’après était de vulgariser ces analyses complètes, voire complexes. Les trois fédérations FNE Isère, Savoie et Haute-Savoie ont donc publié une note pédagogique
Avec la rédaction de cette note, l’association souhaitait sensibiliser non seulement son réseau, dont ses adhérents et bénévoles, mais aussi tous les citoyens concernés par ces enjeux. « C’est une véritable question d’intérêt général, nous avons besoin d’être audibles par le plus grand nombre ! », remarque Corentin Mele.
Des concertations tendues
Comprendre comment est fabriquée la neige artificielle, et avec quelles conséquences dramatiques, c’est la première étape pour prendre conscience des enjeux et défendre au mieux les intérêts locaux. En effet, selon Corentin Mele : « la situation climatique actuelle nécessite de repenser certains aménagements du territoire inadaptés à cette évolution. »
N’oublions pas que les aménagements nécessaires à la production de neige artificielle sont largement subventionnés par les Régions et les Départements.
FNE AURA utilise donc le livret et sa note pédagogique pour se positionner lors de concertations, appuyer son plaidoyer et éclairer les décisions politiques. D’autres associations s’emparent de ces notes et analyses pour se positionner sur différents projets.
« S’il n’y a pas d’efforts faits par les pouvoirs publics pour améliorer réellement ces concertations, nous allons vers des guerres de l’eau », alerte Corentin Mele.
En effet, la production de données est inutile sans dialogue. Les associations environnementales s’inquiètent d’une polarisation entre acteurs à l’échelle locale, elles se considèrent comme discréditées, diabolisées, ou tout simplement écartées des discussions.
Cela ne décourage pas les équipes de France Nature Environnement qui continuent à proposer des pistes d’action pour un usage raisonné et collectif de l’eau.