Cet article est une contribution de la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n° 232. Il ne figure pas dans la revue papier.
Il n'est sans doute pas exagéré de comparer l’importance de la révolution numérique d'aujourd'hui à la révolution industrielle d'hier. Mais l’une comme l’autre peuvent, à l’instar d’un pharmakon, être vues comme un remède ou un poison pour notre société
Le numérique, par ses outils et les réseaux qu’ils permettent de créer, change en effet la façon dont se structure et se coordonne l’activité citoyenne. Le récent mouvement Nuit Debout en donne une bonne illustration. Rapidement critiqué pour être localisé et chronophage (parce qu’il demandait une présence physique et quotidienne), ce mouvement a dû se numériser. Ce faisant, les militants ont décidé pour s’organiser d’utiliser les logiciels libres à leur disposition comme Framapad
D’autre part, le numérique et l’Internet qui lui est affilié, permettent de créer des synergies entre les acteurs civiques et leur écosystème. Que ce soit pour lever des fonds à travers le crowdfunding, de lever les foules comme ce fut le cas lors des révolutions arabes
Nous pouvons ici saluer l’activité militante de l’artiste Chinois Ai Wei Wei. Ce dernier utilise les réseaux sociaux, comme Twitter, pour critiquer le régime politique en place
Parallèlement, les données massives issues de la numérisation croissante de nos activités, communément appelé big data, sont une mine d’or pour la science des données
Donnons deux exemples. United Nations Global Pulse, chapeauté par l’ONU, considère les big data comme un bien commun, une « ressource naturelle renouvelable », que l’on peut et doit exploiter pour innover dans les domaines du développement durable et de l’action humanitaire. Cette initiative regroupant un ensemble d’acteurs (gouvernements, universitaires, et ONG locales) entend, grâce aux données, « coller » à la réalité des phénomènes sur lesquels ils opèrent (crise, famine, inondations etc.) afin de leur permettre de mener des actions plus précises et donc efficaces
Historiquement associé à la liberté d’expression et aux actions de résistance et de contre-pouvoir citoyens, le journalisme mute également avec l’avènement du data-journalisme. L’idée ? A l’instar des chercheurs, corréler un grand nombre de données afin de dévoiler des réalités sociales, politiques ou économiques, et à l’instar des graphistes, les mettre en lumière de façon à ce qu’elles soient compréhensibles par tous. Tant dans la récolte des données que dans leur mise en forme, les outils numériques ont été essentiels au développement de cette nouvelle forme de "médiactivisme"
En France, la web-série #Datagueule fait office de référence en la matière et vaut le détour.

#Datagueule 55 « Quand la boucherie, le monde pleure », janvier 2016
Nous n’avons ici fait qu’effleurer le champ des possibilités offertes par les outils numériques en vue de structurer et améliorer l’action citoyenne. Mais nous tenons pour conclure à signaler les risques d’utilisations néfastes. Portés par une logique néo libérale, certains usages qui en sont fait s’attachent à singulariser l’individu pour améliorer son profilage à des fins commerciales, politiques ou sécuritaires
L'auteur
Sébastien Shulz a réalisé en tant que chercheur l'analyse Outils numériques, data et citoyenneté pour l'European Think and Do Tank Pour la solidarité, sous la direction de Denis Stokkink, président-fondateur.
Pour la solidarité est un organisme indépendant engagé en faveur d’une Europe solidaire et durable. Parmi les thématiques qui segmentent l'activité de ce think-tank figure la participation citoyenne. Dans ce cadre sont élaborées des réflexions ou activités qui, de manière directe ou indirecte, motivent les habitant/e/s de tout État européen à devenir acteur et actrice de leur citoyenneté afin d'instaurer un plus large dialogue entre les pouvoirs publics, la société civile et les entreprises.
En savoir plus :
Présentation et note d’analyse complète
Site internet de l'European Think and Do Tank Pour la solidarité->Pour la solidarité
