Cet article a été initialement publié sur le site de Carenews, le 17 octobre 2018.
Pessimistes et défaitistes, les Français ? Les enquêtes d’opinions se succèdent et se ressemblent tristement.
65 % d’entre eux se déclarent inquiets, voire en colère (50 %). Plus d’un Français sur deux augure que la situation économique du pays va se dégrader dans les douze prochains moins et seuls 9 % ont le sentiment que le contexte économique va s’éclaircir au cours de l’année qui vient. Quant à la mondialisation, elle est perçue comme une menace pour 61 % des sondés
Dans ce contexte plus que morose, les Français font-ils confiance aux partis politiques pour dessiner la société de demain ? Non, répondent-ils à plus de 89 % ! Aux syndicats ? Seuls 39 % des Français leurs accordent du crédit ! Aux médias ? Encore moins, avec 26 % de taux de confiance.
Il y a pourtant des acteurs auxquels les Français accordent leur confiance : les entreprises (59 %), les Maires (53 %), les collectivités locales (72 %) et les associations (55 %). Autant d’acteurs de proximité avec lesquels les Français sont en relations directes et immédiates.
Avec une telle défiance envers les partis politiques (qui se traduit par une baisse continue des dons : de 402 000 donateurs en 2013 à 291 000 en 2016
En effet, ces deux piliers démocratiques
Pourtant, il n’en est rien ! La France s’engage, avec force et constance. Entre 2002 et 2017, le bénévolat a bondi de plus de 83 % : 22 millions de bénévoles de plus de 18 ans ont ainsi donné entre une heure et plus de 100 heures de leur temps à un projet associatif (Lionel Prouteau, Le bénévolat en France en 2017). Aussi, plus de 43 % de la population française est-elle engagée dans une action associative.
Et encore, ce chiffre ne tient-il compte que du bénévolat stricto sensu, c’est-à-dire d’un engagement librement consenti pour mener une action en direction d’autrui, non soumis à aucune obligation et hors du temps professionnel ou familial
Cette confiance dans les associations et les fondations se vérifie dans les dons que les Français leur font chaque année : 70 % de croissance des dons individuels aux acteurs de l’intérêt général entre 2006 et 2015 et plus de 7,5 milliards de dons au total en 2017
Signes qui ne trompent pas, c’est la défense des causes, des droits et des intérêts, mais aussi les activités dans le domaine du sport, de la culture et des loisirs qui mobilisent plus de la moitié de bénévoles ; autant de domaines d’actions qui constituent le vivre-ensemble.
Les associations (et fondations) qui font appel à la générosité du public ont acquis une légitimité forte dans chacun de leur domaine d’intervention : 54 % des Français font confiance aux associations qui agissent dans la lutte contre la pauvreté (contre 33 % pour l’État), 50 % aux associations qui agissent en faveur de l’accompagnement des réfugiés et des demandeurs d’asile (contre 31 % pour l‘État), ou encore de l’accompagnement aux personnes malades ou handicapées (51 % versus 39%)
Et la relève est assurée ! Si 8 jeunes sur 10 s’intéressent à la politique, mais s’en méfient
Cet engouement associatif tord le cou à l’individualisation rampante qui menacerait notre société. L’appartenance au collectif est simplement en train de muter. L’association offre ainsi un cadre idoine aux libertés individuelles qui peuvent s’exprimer indépendamment de l’âge, du sexe, de la condition sociale, des expériences…
Comme le souligne le Conseil d’État : « Une nouvelle citoyenneté du quotidien, faite d’engagement et de solidarité, renoue avec une dimension fondamentale de la citoyenneté : l’exemplarité par l’action. Être citoyen, c’est d’abord s’engager au service du bien commun dans la vie quotidienne. »