La Tribune Fonda n°251 cherche à comprendre les racines et manifestations de notre impuissance démocratique tout en explorant les voies d’un renouvellement démocratique par l’affirmation citoyenne d’un pouvoir d’agir ensemble.
Ce numéro est accompagné d'un supplément pour les 40 ans de la Fonda : « Ce que nous devons aux associations ».
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Articuler la société civile à la politique pour retrouver la confiance
À l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, l’Afghanistan est tombé sous la coupe des Talibans et voit ainsi sa société civile muselée pour les décennies à venir. Un peuple meurt, privé de ses libertés.
D’autres, dans le monde, meurent privés de vaccins et de soins. Sur notre continent, une partie de nos concitoyens sont, eux, en guerre contre une soi-disant « dictature sanitaire » qui aurait comme étendard un pass sanitaire, qui leur offre pourtant la liberté de circuler dans le monde entier.
N’aurions-nous pas oublié l’essence même de nos démocraties occidentales, dont la liberté est l’un des piliers fondamentaux ?
Pour autant, force est de constater que même sur notre propre continent, la liberté est confrontée à des menaces toujours plus nombreuses. Certes, nul opposant ne croupit dans les prisons des États membres de l'UE pour le crime d’avoir contesté — par leur seul verbe — les gouvernements en place. Néanmoins, les regards se tournent aisément vers la Pologne ou la Hongrie, moutons noirs de l’Europe, quand il s’agit de dénoncer les régressions démocratiques. La France, pays des Lumières, est-elle pour autant exempte de critiques ?
Jean-Baptiste Jacquin, journaliste au Monde, souligne que, depuis 2015, « [...] la France aura vécu plus de la moitié du temps sous l’empire d’un régime dérogatoire au droit commun. Une anomalie inquiétante en temps de paix
Il semble que, dans la période actuelle, chacun cherche à faire prévaloir sa propre définition rhétorique de la « liberté », comme une sorte de valeur relative et évolutive au gré des humeurs.
Peut-on réellement se résigner devant cette fatalité ?
La situation est suffisamment inquiétante pour que même le MEDEF organise ses universités d’été sous le sceau des libertés « rognées et écornées ». Gageons que nul ne fera commerce de la liberté, qui ne doit pas devenir une marchandise bradée sur l’autel de la mondialisation au profit de citoyens-consommateurs.
Car la liberté, au fond, n’est pas celle du libéralisme économique. Elle fonde nos démocraties et donc notre État de droit. Les atteintes qui lui sont portées sont insidieuses, autant par méconnaissance que par indifférence. Il est encore temps de nous ressaisir pour que l’individualisme ne mette pas en péril nos capacités d’actions collectives, dont l’associativité est le creuset. Mais cette crise démocratique est aussi l’expression d’un symptôme plus profond : nos sociétés contemporaines n’ont plus d’horizon commun à atteindre.
La politique n'est plus émancipatrice, utopiste ni transformatrice.
Elle est gestionnaire, renfermée sur elle-même et à la remorque des grands enjeux mondiaux
Les réponses sont, hélas, aux antipodes des racines du mal : rogner toujours plus les libertés, au motif que l’État serait le seul garant de l’intérêt général et du bien de chacun. Pourtant, faire confiance à l’intelligence collective serait une première étape vers une démocratie qui pourrait articuler avec apaisement société civile et politique.