Quels sont les ressorts de nos engagements dans leur diversité ? Quels sont les possibles « déclics » d’un passage à l’action : le besoin d’exercer son pouvoir civique, une indignation, l'absence de choix ? Le numéro 264 de la Tribune Fonda s’intéresse aux moteurs de l’engagements.
Commander
D’où viennent nos engagements ?
Au commencement de ce dossier, il y a une énigme qui peut paraître insoluble tant elle est vaste : quels sont les moteurs de nos engagements ? Comment se fabrique cette légitimité à agir ? Pourquoi son corollaire, le sentiment d’illégitimité, se creuse-t-il ?
Comment nos parcours s’associent-ils à des organisations — une association par exemple — pour répondre à certains événements qui nous touchent de près ou de loin ? Nos engagements répondent-ils à des peurs intimes, à un besoin de se mettre en mouvement, ou à des besoins de reconnaissance ?
Très vite, notre comité éditorial s’est également interrogé sur sa propre démarche : pourquoi tenter de comprendre les origines, les ressorts et éventuellement les intentions de ce passage à l’action ?
Si nous trouvions des pistes de réponses, que nous apporteraient-elles à nous, actrices et acteurs du monde associatif ? Comprendre la « recette » de l’engagement nous permettrait-il d’en nourrir la dynamique collective ? Cherchons-nous à nous rassurer sur la vitalité associative, ou plutôt à passer d’une société civile à une société civique
D’abord nous constatons que la manière de s’engager change et que cela n’est pas sans conséquences sur l’organisation de la vie associative2. Si certaines façons « classiques » de s’engager demeurent, d’autres, plus ponctuelles, se développent
Certaines et certains identifient ces mutations de l’engagement comme étant l’expression de ressorts individualistes : s’engager avec ses affects viendrait bouleverser certains « codes » établis. Et pourtant, en partant du postulat que tout engagement est politique, nous émettons l’hypothèse suivante : les émotions sont le principal carburant de nos engagements, et de toutes nos tentatives de forger des communs.
Nous pouvons, à ce titre, nous appuyer sur les analyses de Pierre Rosanvallon dans Les épreuves de la vie
Autrement dit, au-delà des transmissions sociales et héritées, nos engagements parlent de nos libertés et de nos dignités. Cynthia Fleury la désigne, en citant Wilhelm Reich, comme une « aptitude à la liberté »
Identifier les émotions comme ressorts de nos engagements nous semble d’autant plus nécessaire alors que l’organisation de notre monde tend à s’émietter. Aujourd’hui, les anciens et les plus jeunes ne se rencontrent pas toujours
Les conséquences du dérèglement climatique, la perte de confiance dans les pouvoirs publics et la fragmentation sociale
Chacun de ces mouvements naît d’émotions, mais aussi de structures qui les accueillent et leur permettent de s’exprimer. Alors, comment pouvons- nous, en tant qu’acteurs de l’intérêt général, contribuer à une juste mise en mouvement ?